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L’Egypte est à feu et à sang

L’intervention était attendue depuis des semaines, mais contrairement aux annonces officielles de tout faire pour limiter les pertes, elle s’est faite sans sommation préalable.

Les forces de sécurité égyptiennes ont choisi d’agir brutalement et par surprise aux alentours de six heures du matin pour attaquer les deux sit-in de Rabaa Al-Adawiya et Nahda qui entravent depuis le 3 juillet dernier la «feuille de route» du général Al-Sissi. L’assaut a été brutal et sanglant. En moins d’une heure, les bilans sont passés de 5 à 55 morts. Le dernier bilan des attaques est de 124 morts. Les chiffres sont encore plus lourds, selon l’organisation des Frères musulmans qui parle d’au moins 500 morts. Mohamed El-Baltagui, dont la fille est morte dans l’assaut, a indiqué qu’il y avait trois cents morts au niveau de l’hôpital de campagne. Il a appelé les soldats et les policiers à ne pas obéir aux ordres du «boucher Al-Sissi».

Le ministère de la Santé a donné, en début d’après-midi, le bilan de 95 morts et de 526 blessés, mais il est clair que ce bilan était largement dépassé. Sur les chaînes de télévision qui diffusent en direct le sit-in de Rabaa Al-Adawiya, les corps ensanglantés étaient allongés dans la morgue de fortune. Les médecins de l’hôpital de campagne avaient fort à faire avec l’afflux des blessés. Des enfants de dirigeants des Frères musulmans comme Mohamed El-Beltagui et Kheyrat Echater (en prison actuellement) font partie également des victimes enregistrées au cours de l’assaut. De quoi démentir le discours diffusé par les médias officiels selon lequel les dirigeants FM ont mis leurs enfants à l’abri. Le sit-in de place Nahda a été attaqué et démantelé rapidement. On parle d’une cinquantaine de victimes et de très nombreuses arrestations.

Mohamed Morsi en EgypteLes manifestants étaient par contre toujours présents sur la place Rabaa Al-Adawiya dans une atmosphère empestée par les gaz lacrymogènes, de craintes de snipers postés sur les toits des immeubles. Mais également avec une grande détermination. Un médecin est intervenu pour lancer un appel à l’aide, en demandant à ce qu’une voie de passage sûre pour les ambulances soit ouverte par les services de sécurité qui encerclaient Rabaa Al-Adawiya. L’armée et la police ont entouré le périmètre où se trouve l’hôpital de campagne de fils barbelés. Les partisans de Morsi expulsés de Nahda ont établi un nouveau camp place Mustapha Mahmoud, en érigeant des barricades. La place était fortement disputée avec les forces de l’ordre, on compte, selon différentes sources, 17 morts dans ces affrontements.

«LES CRIMES DU COUP D’ETAT»

L’Alliance de défense de la légitimité a dénoncé un «massacre» en appelant les Egyptiens à sortir dans la rue pour dénoncer les «crimes du coup d’Etat». «Ce n’est pas une tentative de dispersion mais une sanglante tentative d’écraser toutes les voix opposées au coup d’Etat militaire», a écrit sur Twitter Gehad Ak Haddad, porte-parole de l’organisation des Frères musulmans. Le ministère de l’Intérieur a publié un communiqué rendant les Frères musulmans «totalement responsables de toute effusion de sang et de toutes les émeutes et les violences qui sont en train d’avoir lieu». La Gamaa Islamiyya, un des partis islamistes à l’origine de la mobilisation, a dénoncé les «crimes du coup d’Etat» et appelé ses partisans «enragés par les attaques de police» à ne pas attaquer les chrétiens ou les bâtiments religieux. Cheikh Al Azhar a publié un communiqué affirmant qu’il ignorait totalement la décision de disperser brutalement les sit-In.

ETAT D’URGENCE

Des tirs intenses étaient entendus sur la rue Nasr, proche de Rabaa Al-Adawiya. Mais l’onde de choc, prévisible, de la dispersion brutale des sit-in se ressent à travers l’ensemble de l’Egypte avec des réactions en chaîne de manifestations, d’attaques contre les postes de police, les bureaux des gouvernorats et contre des églises coptes. Toute l’Egypte est gagnée par les manifestations. Cinq personnes ont été tuées à Suez lors d’une tentative d’attaque contre les bureaux du gouverneur provincial et un véhicule blindé a été incendié dans les affrontements qui ont suivi. Des affrontements ont eu lieu à Minia, Assiout, au Fayyoum, à Alexandrie, à Assouan et à Beni Suef. Les victimes sont nombreuses. La communauté copte dont le patriarche a soutenu la destitution de Mohamed Morsi est prise à partie dans certaines régions du pays. Plusieurs édifices religieux ont été attaqués et incendiés. La décision de disperser brutalement les deux sit-in met l’Egypte à feu à sang. En fin d’après-midi, la décision est tombée : l’état d’urgence est décrété pour un mois en Egypte.

La veille de l’intervention musclée contre Rabaa Al-Adawiya et Nahda, 18 nouveaux gouverneurs de province ont été désignés dont la moitié sont des généraux de l’armée et de la police à la retraite. L’Egypte a des jours sombres devant elle.

Salem Ferdi

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