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Contrôle du tabac en France

Les méfaits en termes de santé publique associés à l’exposition au tabagisme passif ont été bien documentés, notamment les décès prématurés, le cancer du poumon, les maladies cardiaques et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Il a été montré que les politiques antitabac, bien conçues et avec des mesures d’application efficaces, réduisaient considérablement, voire éliminaient le tabagisme passif dans les lieux publics.

L’article 8 de la convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), ratifiée par la France en 2004, oblige les parties à adopter des mesures efficaces pour assurer la protection contre l’exposition à la fumée de tabac. Les lignes directrices pour l’article 8 soulignent l’importance du suivi et de l’évaluation des politiques antitabac, y compris l’évaluation du soutien à l’interdiction de fumer et l’application effective des politiques antitabac.

En France, l’interdiction de fumer dans les lieux publics a été mise en œuvre en deux phases. La phase 1 a été mise en place en février 2007 dans les lieux de travail, les centres commerciaux, les aéroports, les gares, les hôpitaux et les écoles. En janvier 2008, elle a été étendue aux lieux de convivialité(bars, restaurants, hôtels, casinos et discothèques).

Le projet International Tobacco Control in France (ITC France), projet d’évaluation des politiques publiques de lutte antitabac, a été créé en 2006 pour évaluer cette interdiction en France, ainsi que d’autres politiques de lutte antitabac mises en oeuvre dans le cadre de la CCLAT, notamment les avertissements sanitaires, les prix et les politiques fiscales, l’interdiction de la publicité et de la promotion du tabac, les stratégies d’aide à l’arrêt et les campagnes de sensibilisation.

CigaretteLe projet ITC France s’inscrit dans le cadre d’une collaboration internationale regroupant plus de 20 pays, dont l’objectif principal est d’évaluer l’impact des politiques de la CCLAT en conduisant des enquêtes de cohorte auprès de fumeurs et de non-fumeurs dans chaque pays. La description du modèle conceptuel et les objectifs du projet ITC sont publiés par ailleurs, ainsi que la description des méthodes d’enquête.

Trois vagues d’enquête, menées sur un échantillon représentatif de fumeurs et de non-fumeurs, ont été réalisées entre 2006 et 2012 en France métropolitaine : la première, juste avant l’interdiction de février 2007, la seconde, fin 2008, et la troisième, fin 2012.

L’efficacité de l’interdiction de fumer dans les lieux publics en France a été montrée grâce à l’analyse des deux premières vagues de l’enquête ITC France. Cependant, l’efficacité à long terme de la législation antitabac en France n’a pas encore été établie. Par ailleurs, les évaluations à long terme de la législation antitabac menées dans d’autres pays européens ont seulement examiné les niveaux d’exposition à la fumée de tabac, mais pas le soutien de la population à la mesure.

Cet article présente les résultats de l’enquête ITC France sur l’évaluation de l’interdiction de fumer dans les lieux publics de 2007-2008, un an et cinq ans après l’interdiction de fumer. Nous examinerons l’impact de l’interdiction de fumer sur la consommation de tabac observée sur le lieu de travail, dans les restaurants et dans les bars, le soutien du public pour une interdiction totale de fumer dans plusieurs lieux publics et l’évolution des interdictions de fumer au domicile.

L’enquête ITC France est une enquête longitudinale nationale menée sur des adultes (18 ans et plus) fumeurs et non-fumeurs. Les fumeurs sont ceux qui ont fumé plus de 100 cigarettes dans leur vie et fument au moins une fois par mois. Les entretiens ont été réalisés au moyen d’un système de collecte assistée par téléphone et informatique (Cati) après composition aléatoire des numéros de téléphone, le plan d’échantillonnage couvrant la France métropolitaine.

La première vague d’enquête a été réalisée entre décembre 2006 et février 2007, avec un taux de coopération de 75,3%. La vague 2 a été réalisée de septembre à novembre 2008. Au sein de l’échantillon de remplacement des perdus de vue à la vague 2, le taux de coopération était de 80,5%. La vague 3 a été réalisée de septembre à décembre 2012, et pour l’échantillon de reconstitution, le taux de coopération était de 80,7%. La méthodologie complète de l’enquête peut être consultée sur le site Web du projet ITC.

Au total, 2 260 individus (1 735 fumeurs et 525 nonfumeurs) ont répondu à la première vague de l’enquête ITC France. Un total de 2 219 individus (1 540 fumeurs, 164 anciens fumeurs et 515 nonfumeurs) ont répondu à la vague 2, avec un taux de rétention de 72,8% par rapport à la vague 1. À la vague 3, 2 204 individus (1 420 fumeurs, 297 anciens fumeurs et 487 non-fumeurs) ont répondu à l’enquête, avec un taux de rétention de 71,6% par rapport à la vague 2. Les 1 420 fumeurs interrogés en vague 3 incluent 17 individus interrogés en vague 2, non-fumeurs à la vague 2 et qui ont commencé à fumer à la vague 3.

Les poids d’échantillonnage ont été redressés sur les totaux de population basés sur la prévalence du tabagisme en France. Des modèles de régression logistique pour données longitudinales (modèles d’équations d’estimations généralisées ou GEE) ont été utilisés pour analyser les différences entre les vagues d’enquête pour les variables d’intérêt. Une matrice de corrélation intra-groupes a été utilisée dans la modélisation pour tenir compte de la corrélation intra-sujet. Tous les modèles sont contrôlés simultanément sur le sexe, l’âge au moment du recrutement (18-24 ans, 25-39 ans, 40-55 ans et +55 ans), le temps de présence dans l’échantillon (le nombre de fois où le répondant a participé à l’enquête), la vague d’enquête et le statut tabagique (fumeur ou non-fumeur).

Des modèles complexes incluant un terme d’interaction entre la vague et le statut tabagique ont également été estimés en vue d’obtenir des estimations distinctes pour les fumeurs et les non-fumeurs, ajustées sur les covariables énumérées ci-dessus. Tous les degrés de significativité ont été ajustés pour les comparaisons multiples.

Les modélisations ont d’abord été effectuées en considérant les anciens fumeurs comme un groupe distinct, et il a été constaté que leurs réponses ne différaient pas significativement de celles des fumeurs. Ainsi, ils ont systématiquement été regroupés avec les fumeurs. Toutes les analyses ont été effectuées avec SAS® 9.2.

Tabagisme observé dans les lieux clés

Restaurants : Le tabagisme observé dans les restaurants est passé de 64,7% (70,7% parmi les fumeurs et 60,4% parmi les non-fumeurs) avant la loi (vague 1) à 2,3% au premier suivi (vague 2) (1,9% parmi les fumeurs et 2,6% parmi les non-fumeurs), 8 mois après la mise en œuvre de l’interdiction (p<0,001). Cette très faible prévalence de l’usage de tabac observé dans les restaurants a été maintenue au second suivi (vague 3) à 1,4% (0,7% rapporté par les fumeurs et 1,9% par les non-fumeurs), cette légère baisse n’étant pas statistiquement significative.

Bars : Le tabagisme observé dans les bars est passé de 95,9% lors de la vague 1 (96,6% selon les fumeurs ; 93,5% selon les non-fumeurs) à 3,7% (3,5% selon les fumeurs ; 4,4% selon les non-fumeurs) à la vague 2 (p<0,001). La prévalence du tabagisme observé dans les bars à la vague 3 (6,6%, soit 6,4%
pour les fumeurs et 7,9% pour les non-fumeurs) était significativement plus élevée que celle de la vague 2 (p=0,007).

Lieux de travail : Le tabagisme observé en milieu de travail a également diminué de façon significative, passant de 42,6% lors de la vague 1 (46,7% pour les fumeurs ; 40,1% pour les non-fumeurs) à 19,3% (20,7% pour les fumeurs ; 18,6% pour les non-fumeurs) à la vague 2 (p<0,001). Une nouvelle baisse significative a été observée à la vague 3 pour atteindre 12,8% dans l’ensemble (13,5% pour les fumeurs, 12,5% pour les non-fumeurs) (p=0,019).

Il convient de noter que si ces pourcentages sont plus élevés que dans les lieux publics (par exemple, les restaurants, les bars, les centres commerciaux), c’est
en partie parce que la question à propos des lieux de travail a été posée sur les 30 derniers jours plutôt qu’à la dernière visite. Il est donc mécanique que les prévalences soient plus élevées pour les lieux de travail en raison d’une fenêtre temporelle plus longue.

Auteurs : Geoffrey T. Fong, Lorraine V. Craig, Romain Guignard, Gera E. Nagelhout, Megan K. Tait, Pete Driezen, Ryan David Kennedy, Christian Boudreau, Jean-Louis Wilquin, Antoine Deutsch et François Beck/ Source : BEH/ InVs.

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